“Efflorescences“, Musée La Grande Place, Saint-Louis-lès-Bitches, 2015


Efflorescences, ou la rencontre fortuite entre la chimie des matériaux et la licence poétique, proposée par l’artiste Capucine Vandebrouck, offre une véritable plongée dans l’univers de la cristallerie. Évoquant littéralement, la métamorphose d’un corps cristallisé par perte de son eau ou l’apparition et l’épanouissement de formes se propageant à la surface d’une roche, ce mot aux multiples consonances, renvoie également à l’idée d’effleurer – jouer avec la surface des choses, caresser du regard. C’est précisément ce point de rencontre entre l’expérimentation de processus scientifiques et techniques et la poésie involontaire née de la vie de la matière et de l’apparition des formes, qu’explore l’artiste dans ce troisième et dernier volet de la collaboration entre la Fondation d’entreprise Hermès, le Centre Pompidou-Metz et le Musée La Grand Place. L’artiste travaille souvent in situ, concevant ses œuvres à partir des matériaux trouvés sur place et de l’histoire du lieu, entre archéologie de l’invisible et alchimie de l’ordinaire. Elle manipule les matériaux : sel, salpêtre, plâtre ou matière organique, étirant leurs potentialités jusqu’à leur limite. Interférant avec des processus naturels : évaporation, buée, cristallisation, pulvérulence du salpêtre, diffraction de la lumière, l’artiste magnifie la contingence de la matière et de processus naturels non nobles, abandonnant son travail qu’elle « laisse vivre, évoluer », à une co-conception avec la nature ou le temps. Vulnérabilité assumée de ses œuvres, posture non autoritaire de créateur… toutefois Capucine Vandebrouck n’est pas une artiste du peu ou du retrait : l’exposition devient une expérience totale, un paysage en métamorphose au gré de la transformation des matériaux, un écosystème libre en mutation discrète mais perpétuelle. Cette attention à la manifestation transitoire de la matière et de la forme a donné lieu à une dernière série de recherches dont le terme « Révélation », au sens « de prendre conscience de » et « rendre visible » ce qui est bel et bien là mais habituellement non perceptible à nos yeux, serait sans doute une clé. La matière a disparu, l’apparition du réel ne demeure que dans la forme fugace et changeante des émanations de chaleur nées d’une flamme dansante.



Hélène Guenin.


Texte écrit par Hélène Guenin dans le cadre de l’exposition Efflorescences au Musée La Grande Place à Saint Louis Lès Bitches, du 15/10/15 au 14/03/16. Un partenariat avec le Centre Pompidou Metz et La Fondation d’entreprise Hermès.